Dans la tradition chinoise, l’état de santé véritable n’est pas défini par l’absence de maladie, mais par l’équilibre interne du Yin et du Yang. Parmi les formules anciennes qui expriment cet équilibre, Yin ping, yang bi – « Le Yin est en paix, le Yang est caché » – est l’une des plus importantes. Elle apparaît dans les classiques médicaux, les textes taoïstes et les dictionnaires spécialisés du Qi Gong. Pourtant, elle est rarement expliquée correctement dans les méthodes modernes, alors qu’elle constitue la base de toute pratique sûre, profonde et durable.
Dans les textes, le Yin renvoie à ce qui nourrit, apaise, humidifie : le sang, les liquides organiques, l’Essence – 精, mais aussi la stabilité émotionnelle et la paix intérieure. Dire que « le Yin est en paix » signifie que les substances nourricières sont abondantes, que rien ne brûle, que rien ne s’agite. Le Yin est stable, paisible, calme comme un lac sans vent. Cet état est indispensable pour que l’esprit se pose et que la respiration devienne régulière. Sans Yin pacifié, le pratiquant ne peut ni entrer dans le calme, ni stabiliser son Qi.
Le Yang, quant à lui, désigne le mouvement, la chaleur, l’activité vitale, la fonction dynamique du corps. « Yang caché » ne signifie pas « Yang faible », mais Yang non dispersé. Le Yang est présent, intact, disponible, mais conservé à l’intérieur, comme une braise qui chauffe sans flamme. Il n’est ni gaspillé dans l’agitation mentale, ni poussé vers la périphérie sous l’effet d’une pratique trop intense. C’est un Yang intérieur, enraciné, protégé. Quand le Yang est ainsi conservé, les fonctions vitales sont solides et le corps reste chaud sans surchauffe.
L’expression 阴平阳秘 (Le Yin est en paix, le Yang est caché) – Yin ping, yang bi – décrit donc un état où le Yin nourrit le Yang et où le Yang protège le Yin. L’intérieur est calme, l’extérieur détendu, le Qi descend naturellement au Dan Tian. La respiration se fait douce, profonde, silencieuse ; l’esprit devient clair sans effort. Dans cet état, le corps entier retrouve son mode de fonctionnement optimal. La digestion s’équilibre, le sommeil se régularise, les émotions deviennent plus transparentes, la clarté mentale s’installe.
Dans la pratique du Qi Gong, cet équilibre est la condition indispensable pour éviter les déviations. Toutes les perturbations, montée du Qi à la tête, agitation interne, chaleur excessive, vertiges, insomnie, tensions mentales, ne sont que des manifestations d’un Yin insuffisant ou d’un Yang non contenu. Lorsque le Yin se déstabilise, le Yang s’enflamme. Lorsque le Yang n’est pas caché, il s’élève et se disperse, entraînant des phénomènes que les anciens qualifiaient de « feu errant » ou « Qi rebelle ». À l’inverse, lorsque Yin Ping Yang Bi est présent, la pratique devient à la fois sûre et profondément efficace : le Qi se cultive sans danger, l’esprit s’éclaire, le corps se régénère.
Cet état n’est pas réservé aux pratiquants avancés. Dès le début, il devrait être présenté comme l’objectif réel des premiers mois de pratique : apaiser le Yin pour stabiliser l’esprit ; cacher le Yang pour renforcer la vitalité. Cela commence par des choses simples : respiration naturelle, posture stable, absence de tension inutile, intention calme, absence d’attente. Lorsque ces éléments s’unissent, le corps trouve spontanément son équilibre interne. Le Yin se pacifie. Le Yang se cache. Et le Qi, enfin, peut devenir un allié.
Les maîtres anciens disaient : « Quand le Yin est en paix, l’esprit se calme ; quand le Yang est caché, le Qi est solide. » Tout l’art du Qi Gong thérapeutique se résume à cette phrase. Elle rappelle que la véritable puissance ne vient jamais de la force ni de l’effort, mais de l’équilibre interne, du calme profond, de la retenue, de la stabilité. C’est là que commence la santé durable. C’est là que commence la pratique véritable.
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