Dans la tradition taoïste, faire circuler le Qi ne consiste pas simplement à le faire monter.
Encore faut-il qu’il puisse passer.
Car le Du Mai (督脉), le Vaisseau Gouverneur, n’est pas une voie libre.
C’est un axe verrouillé.
Les textes décrivent trois zones de résistance majeures : les San Guan (三关), les Trois Passages.
Ils ne sont pas symboliques.
Ce sont des points où le Qi rencontre une contrainte réelle.
Les anciens les comparent à des vannes (闸).
Non pour bloquer définitivement, mais pour réguler le passage entre les trois Dantians.
Sans leur franchissement, la transformation interne ne s’accomplit pas :
le Jing ne devient pas pleinement Qi,
le Qi ne nourrit pas correctement le Shen,
et la circulation reste incomplète.
Le premier passage se situe à la base de la colonne, au niveau du coccyx : Weilü Guan (尾闾关).
C’est la vanne de l’Essence.
Ici, le problème n’est pas de faire monter.
C’est d’empêcher la fuite.
Tant que cette zone n’est pas maîtrisée, le Jing se disperse vers le bas.
Il n’y a pas de pression interne suffisante pour initier l’ascension.
C’est pour cela que certains textes parlent de “fermer Weilü” :
non pas bloquer, mais contenir.
Sans cette fermeture, il n’y a rien à faire circuler.
Le deuxième passage se situe entre les omoplates : Jiaji Guan (夹脊关).
C’est la vanne du Qi.
Ici, le problème change de nature.
Le Qi ne fuit plus.
Il se heurte à la structure.
La région dorsale est dense, souvent tendue, parfois stagnante.
Si Jiaji n’est pas ouvert, le Qi monte… puis retombe.
C’est l’un des blocages les plus fréquents :
une montée partielle, instable, incapable de traverser le centre.
Le troisième passage se situe à la base du crâne : Yuzhen Guan (玉枕关).
C’est la vanne du Shen.
Le dernier verrou avant le Niwan (泥丸), le Dantian supérieur.
Les textes le décrivent comme la zone la plus étroite, parfois appelée la “Muraille de Fer”.
Le Qi peut avoir accumulé suffisamment d’élan, avoir franchi Weilü et Jiaji…
et pourtant échouer ici.
Pourquoi ?
Parce que ce passage ne dépend plus seulement de l’énergie.
Il dépend de l’état de l’Esprit.
Les San Guan ne sont donc pas seulement trois obstacles.
Ce sont trois transformations :
- à Weilü : Lian Jing Hua Qi — transformer l’Essence en Qi
- à Jiaji : Lian Qi Hua Shen — transformer le Qi en Esprit
- à Yuzhen : Lian Shen Huan Xu — préparer le retour au Vide
À chaque passage, l’énergie change de statut.
Ce n’est pas une montée linéaire.
C’est une alchimie.
C’est aussi pour cela que le Qi ne passe pas “parce qu’on le veut”.
Les textes sont très précis :
- une base mal ajustée → Weilü reste fermé
- un dos rigide → Jiaji bloque
- une nuque crispée → Yuzhen transforme le Qi en feu
C’est là que la pratique devient concrète.
Quand le Qi devient abondant dans le Dantian inférieur, il ne monte pas toujours avec douceur.
Il peut frapper.
Les textes parlent de Zhuang San Guan (撞三关) — frapper les Trois Passages.
Le Qi ne circule plus comme un flux.
Il percute.
Chaleur dans les reins.
Vibrations dans la moelle.
Pression ascendante.
Au niveau de Yuzhen, les sensations deviennent plus nettes :
bourdonnements, sifflements, parfois lumière interne.
Mais c’est aussi là que se produit la majorité des erreurs.
Si l’intention est trop forte, le Qi ne passe pas.
Il stagne.
Et quand il stagne en haut, les symptômes apparaissent :
maux de tête,
vertiges,
insomnies,
pression crânienne.
Les anciens parlaient du Huo Hou — le feu.
Un feu pour ouvrir.
Un feu pour nourrir.
Trop faible, rien ne se passe.
Trop intense, le Qi se bloque ou se dérègle.
C’est pour cela qu’une règle ne change jamais :
ce qui monte doit redescendre.
Sinon, la circulation ne se boucle pas.
Et l’ascension devient un déséquilibre.
Au fond, les Trois Passages sont les trois endroits où la pratique est vérifiée :
- à la base : le Qi ne doit plus fuir
- au centre : il ne doit plus se bloquer
- en haut : il ne doit pas être forcé
Mais il y a un point que la plupart des enseignements ignorent.
Tous les passages n’ont pas les mêmes effets.
Tous ne concernent pas les mêmes déséquilibres.
Selon que l’on travaille Weilü, Jiaji ou Yuzhen,
ce ne sont pas les mêmes troubles que l’on mobilise… ni les mêmes risques.
C’est ce que nous verrons dans la deuxième partie :
les applications cliniques des San Guan, et les pathologies liées à chacun de ces passages.
Bon Qi !
Fatah ![]()

