Quand Gengis Khan fait venir le maître taoïste Qiu Chuji jusqu’à son camp en 1222, il ne cherche pas un enseignement spirituel. Il veut savoir comment vivre plus longtemps. À cette époque, la réputation de Qiu Chuji était immense. On disait qu’il connaissait les méthodes taoïstes de préservation de la vie.
Après un voyage extrêmement long et dangereux à travers l’Asie centrale, Qiu Chuji finit par rencontrer le Khan dans l’actuel Afghanistan. Leur échange sera ensuite rapporté dans le Xuanfeng qinghui lu.
La réponse du maître taoïste est intéressante parce qu’elle va complètement à l’opposé de ce que beaucoup imaginent quand on parle de taoïsme. Il n’y a ni élixir d’immortalité, ni recette secrète ou promesse mystique.
Qiu Chuji répond simplement :
当外修阴德,内固精神耳。恤民保众,使天下怀安,则为外行;省欲保神,为乎内行。
« Il faut cultiver au-dehors la vertu cachée et affermir au-dedans le Shen-esprit. Avoir compassion du peuple et protéger la multitude : voilà la conduite externe. Modérer les désirs et préserver le Shen : voilà la conduite interne. »
Pour lui, la longévité ne dépend pas d’une substance miraculeuse, mais de la manière dont on vit et dont on gouverne.
Le passage sur « protéger le peuple » est loin d’être anodin quand on sait à qui il s’adresse. Beaucoup d’historiens considèrent que Qiu Chuji essayait aussi d’amener Gengis Khan à limiter les massacres et les destructions liés aux campagnes mongoles.
Et la deuxième partie est tout aussi importante : réduire les désirs et préserver le Shen. Dans la pensée taoïste, les excès, l’agitation et la poursuite permanente des plaisirs finissent par épuiser l’être humain de l’intérieur.
Ce texte emontre un taoïsme très éloigné des fantasmes modernes. Un taoïsme sobre, concret, centré sur la maîtrise de soi, l’équilibre et la responsabilité.
Bon Qi !
Fatah![]()

