Dans la respiration du Ciel et de la Terre, il existe quatre moments où le Souffle du monde s’inverse, où le Yin et le Yang changent de visage sans se heurter.
Les anciens les appelaient les Deux Solstices et les Deux Équinoxes — Èr Zhì Èr Fēn — et disaient qu’ils contenaient le secret même du Feu alchimique, le Huǒ Hòu, ce temps subtil qui régit toutes les transmutations.
Dans le grand ciel, ces instants correspondent au solstice d’hiver et d’été, à l’équinoxe de printemps et à celui d’automne.
Mais dans le petit ciel du corps, ils marquent les quatre points cardinaux du Souffle intérieur, les quatre pivots du feu qui monte et descend, s’allume et s’apaise.
Tout ce qui vit suit cette alternance : le jour et la nuit, la montée et la chute du Qi, la naissance et le retour.
Au solstice d’hiver, quand tout semble endormi, le Yang naît en secret dans les profondeurs du Nord.
Sous la glace du silence, une étincelle s’éveille.
C’est l’instant du renouveau invisible, le moment où le feu renaît dans l’eau.
Et au solstice d’été, quand la lumière est à son apogée, le Yin descend doucement du Sud pour tempérer la flamme.
Ainsi, quand la chaleur est la plus forte, le germe du froid commence déjà à s’installer.
Le Feu et l’Eau s’échangent leurs rôles, comme deux souffles qui se reconnaissent sans se confondre.
Les équinoxes, eux, sont les portes du passage.
Au printemps, le soleil franchit l’horizon, et le Yang se lève, éclatant et jeune comme une aube.
À l’automne, il se retire lentement, et le Yin se fait maître du soir.
Ces deux moments sont les charnières du Souffle : ni expansion, ni contraction, mais équilibre parfait.
C’est alors que le pratiquant cesse d’attiser la flamme et laisse l’élixir se reposer, baigner dans la lumière tiède de la Voie Jaune — cette voie médiane où tout s’unit sans excès.
Dans l’alchimie interne, ces quatre temps ne sont pas seulement des images du calendrier : ils sont les pulsations mêmes du corps céleste que nous portons en nous.
Ils indiquent quand activer le feu, quand le réduire, quand nourrir l’eau, quand apaiser l’intention.
Celui qui ignore ces rythmes brûle trop tôt son élixir ou le laisse se refroidir avant sa maturation.
Mais celui qui suit les marées du Ciel ajuste son feu comme un souffle d’accordage, et trouve la mesure juste.
Les anciens disaient qu’à ces moments, il faut garder le corps pur, l’esprit tranquille, et s’abstenir des distractions charnelles, car le Ciel change alors de polarité et le Souffle universel se retourne.
Ce sont des instants où le monde entier respire à l’unisson, où les portes du Yin et du Yang s’ouvrent et se referment dans le même geste.
Celui qui pratique en accord avec les Deux Solstices et les Deux Équinoxes suit le Ciel sans forcer la Terre.
Il apprend à voler le secret du Temps, à entrer dans le mécanisme caché de la création, là où Feu et Eau s’embrassent dans la paix du milieu.
Et dans ce silence vibrant, il comprend enfin que cultiver l’Élixir, ce n’est rien d’autre que cultiver le rythme du monde dans son propre cœur.
Bon Qi !
Fatah ![]()

