Dans de nombreux cours de Qi Gong aujourd’hui, les mêmes exercices sont proposés à tous les pratiquants. Les mêmes postures. Les mêmes respirations. Parfois même la même durée de pratique.
Dans un cadre collectif, cela peut sembler logique.
Mais dans la tradition thérapeutique chinoise, cette approche poserait immédiatement une question simple :
comment proposer une pratique sans tenir compte du terrain du patient ?
Dans les textes consacrés au Qi Gong thérapeutique, le choix de la posture n’est jamais un détail technique. Il intervient dès le début de la pratique et fait déjà partie de la stratégie thérapeutique.
La posture est déjà une prescription.
Une posture correctement choisie permet au corps de se relâcher, à la respiration abdominale de s’installer naturellement et à l’esprit de s’apaiser. Le pratiquant peut alors entrer progressivement dans l’état de calme intérieur que les textes décrivent sous le terme 入静 (Ru Jing).
À l’inverse, une posture mal adaptée peut produire l’effet opposé : tensions corporelles, respiration irrégulière, agitation mentale.
Dans les méthodes traditionnelles, plusieurs éléments sont toujours pris en compte avant de choisir une posture :
- la nature et la gravité de la maladie
- l’âge du patient
- sa constitution physique
- son niveau de fatigue ou d’épuisement
- ses habitudes de vie
Le principe est simple : la posture doit être adaptée à la force du patient.
Prenons quelques exemples.
La posture debout
Dans l’imaginaire collectif, la posture debout est souvent associée au travail énergétique profond. Pourtant, elle n’est pas adaptée à tous les patients.
Elle est généralement recommandée pour :
- les personnes relativement jeunes ou d’âge moyen
- les patients dont la constitution reste solide
- ceux dont l’état général est encore relativement stable
Cette posture mobilise les muscles, stimule l’organisme et peut contribuer à renforcer la vitalité. Elle est souvent pratiquée en extérieur afin de bénéficier de l’air frais.
Mais pour certains patients, elle peut être inadaptée.
Les personnes souffrant d’hypertension sévère, d’hypotension importante ou du syndrome de Ménière peuvent être sujettes à des vertiges. Le risque principal devient alors la chute. De la même manière, les patients très affaiblis ou gravement malades ne disposent pas toujours de l’énergie nécessaire pour soutenir longtemps cette position.
La posture assise
Dans de nombreux textes de Qi Gong thérapeutique, la posture assise est considérée comme l’une des positions les plus équilibrées.
Elle convient particulièrement :
- aux patients d’âge moyen ou âgés
- aux personnes souffrant de maladies modérées
- aux patients capables de maintenir une position stable sans fatigue excessive
Cette posture offre un bon compromis entre repos et vigilance. Le corps peut se détendre sans s’effondrer, et le buste reste naturellement droit.
Dans ces conditions, la circulation du Qi dans les axes centraux du corps — notamment dans les méridiens Ren Mai et Du Mai — est facilitée.
Dans certaines approches thérapeutiques, cette posture est utilisée dans des pathologies comme :
- l’hypertension
- certaines formes d’artériosclérose
- les états de fatigue nerveuse que les textes anciens désignaient sous le terme de neurasthénie
La posture couchée
Lorsque le patient est trop affaibli, la posture couchée devient parfois la seule possible.
Elle est réservée aux situations où la maladie est grave ou lorsque la personne ne possède plus la force nécessaire pour rester assise.
L’objectif n’est plus de mobiliser l’énergie, mais d’éviter toute dépense inutile.
Les textes médicaux qui décrivent les méthodes de Qi Gong thérapeutique mentionnent son utilisation dans des affections chroniques et épuisantes comme :
- la tuberculose pulmonaire
- l’hépatite chronique
- la néphrite chronique
- certains ulcères sévères
- la ptôse gastrique
- l’asthme bronchique
Dans ces situations, même l’orientation du corps peut être adaptée selon l’organe concerné.
La position couchée sur le côté droit est souvent considérée comme favorable dans certaines pathologies cardiaques, car elle exerce peu de pression sur le cœur. Elle peut également faciliter le passage des aliments vers le duodénum, ce qui peut être utile dans certains troubles digestifs.
La position sur le côté gauche peut être utilisée dans certaines affections hépatiques, notamment dans les cas d’hépatite chronique. En revanche, elle est généralement déconseillée chez les patients cardiaques car elle peut exercer une compression sur le cœur.
Dans les maladies respiratoires comme la bronchite, l’emphysème ou l’asthme, la position sur le dos peut être utilisée à condition de surélever légèrement la tête et les épaules afin de faciliter l’expiration.
La marche
Certaines méthodes utilisent également la marche lente.
Elle peut être utile chez les patients qui ne supportent ni la station debout immobile ni la position assise prolongée. La marche permet alors de maintenir une activité douce tout en évitant les tensions liées à l’immobilité.
Comme toujours dans la tradition thérapeutique chinoise, la durée et l’intensité de la pratique doivent être adaptées aux capacités du patient.
Lorsqu’on observe ces principes, une chose devient évidente : dans la tradition du Qi Gong thérapeutique, le choix de la posture n’est jamais laissé au hasard.
Il dépend toujours du terrain du patient.
Dans la médecine chinoise, on ne traite jamais une maladie abstraite : on traite toujours un terrain.
La posture, la respiration et l’intention doivent donc être ajustées pour soutenir la régulation du corps, et non pour imposer une pratique uniforme.
Aujourd’hui, ces distinctions sont parfois absentes de certains enseignements modernes. Les mêmes exercices peuvent être proposés à tous les pratiquants, quel que soit leur âge, leur constitution ou leur pathologie.
Dans une perspective thérapeutique, cette uniformité pose pourtant une question essentielle.
Comment proposer une pratique sans tenir compte du terrain du patient ?
Les textes chinois consacrés au Qi Gong abordent ces questions avec beaucoup plus de précision qu’on ne l’imagine souvent.
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