Fatah Mokrani

Un Yang naît – Yī yáng shēng

Il existe, dans le rythme du ciel et de la terre, un instant presque imperceptible.
Un moment où rien ne semble encore changer, et pourtant tout recommence.

Dans l’année, c’est le solstice d’hiver.
La nuit est à son comble, le froid a gagné, le Yin règne sans partage. Et pourtant, au cœur même de cet extrême, un premier souffle de Yang apparaît. Infime. Fragile. Presque invisible.
Les Anciens l’ont nommé 一阳生 Yī yáng shēng, « la naissance du premier Yang ».

Ce moment n’est pas une victoire éclatante de la lumière.
C’est une germination.

Dans le cycle du jour, cet instant correspond à l’heure Zǐ (子时), entre onze heures du soir et une heure du matin. L’extérieur dort, les mouvements cessent, les bruits s’éteignent. Mais à l’intérieur, quelque chose commence à frémir. Les textes disent alors que « les six Yang se mettent en marche ». Non pas dans l’agitation, mais dans le silence le plus profond.

Pour le pratiquant de Qi Gong et d’alchimie interne, Yī yáng shēng ne désigne pas seulement une heure.
Il désigne surtout un état.

Un moment intérieur où, après une longue phase de repos, de calme ou de vide apparent, une chaleur subtile apparaît au Dantian inférieur. Parfois une vibration. Parfois une sensation de densité. Rien de spectaculaire. Rien de volontaire.
C’est ce que les textes appellent le Zǐ Shí vivant (活子时) : le moment où le Yang se manifeste de lui-même, indépendamment de l’horloge.

C’est alors, et alors seulement, que l’on parle de déclenchement du feu — 起火.
Non pas un feu violent, mais une étincelle maîtrisée. Le signal discret que la circulation peut commencer. Que la transformation peut s’engager.

À ce stade, il ne s’agit pas encore du Qi en mouvement.
Il s’agit d’abord du Jing qui s’éveille.

Le Jing, longtemps conservé, stabilisé, rassemblé, commence à se mobiliser. Il ne s’échappe pas. Il ne se disperse pas. Il se transforme.
C’est la matière première de l’alchimie. Le germe de l’élixir. La promesse, non encore accomplie, de la transformation.

Dans le langage symbolique, Yī yáng shēng marque l’instant où l’Eau et le Feu entrent en résonance.
Les Reins répondent au Cœur.
Kǎn et Lí cessent de s’opposer pour commencer à dialoguer.

Lorsque ce mouvement est juste, le Qi véritable commence à remplir le Dantian inférieur.
Et lorsque le Qi est plein, disent les anciens, le canal Du s’ouvre de lui-même. Rien à forcer. Rien à pousser.
气满督自开.

Mais cet instant ne se provoque pas.
Il ne se décrète pas.
Il ne survient pas chez tous les pratiquants.

Il dépend de la lenteur, de la régularité, de la capacité à préserver le Jing, à apaiser les émotions, à ne pas disperser ce qui doit mûrir dans l’ombre. Chez beaucoup, Yī yáng shēng ne se manifeste que brièvement, comme un éclair. Chez d’autres, il ne se manifeste pas encore.

Et c’est normal.

Car dans la tradition taoïste, ce qui naît réellement commence toujours par être presque invisible.
Un Yang ne triomphe pas : il germe.
Il ne monte pas encore : il s’enracine.

Bon Qi !
Fatah 🐉

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