Médecine et mouvement

Quand la médecine prescrit le mouvement

Quand la médecine prescrit le mouvement

Il existe, dans l’histoire de la médecine chinoise, un moment de bascule discret.

Un moment où l’exercice cesse d’être une pratique à part et devient une prescription.

Nous sommes en 610 de notre ère.

Sous la dynastie Sui, l’empereur Yang ordonne la compilation d’un traité médical d’une ampleur inédite.

Les Anciens l’ont nommé Zhū Bìng Yuán Hòu Lùn – 诸病源候论,

« Traité des origines et des symptômes des maladies ».

Sous la direction de Chao Yuanfang, médecin à la cour, le texte rassemble cinquante volumes.

Mille sept cent vingt syndromes y sont décrits, classés, analysés.

Pour la première fois, des exercices sont prescrits comme des traitements.

Deux cent treize séquences de Dǎo Yǐn, conduire et guider le Qi, sont intégrées directement dans les descriptions cliniques.

Pas en marge, ni en complément.

Mais u cœur du diagnostic et de la prescritpion.

Avant, les exercices existaient déjà depuis longtemps.

Le Dao Yin Tu de Mawangdui, datant du IIe siècle avant notre ère, en montre des dizaines.

Des corps en mouvement.

Des formes codifiées.

Avec Chao Yuanfang, quelque chose change de nature.

Le mouvement devient encore plus thérapeutique, précis et ciblé.

Le mouvement devient prescription.

Pour le syndrome de Froid aux genoux par épuisement profond (虚劳膝冷候, Xū Láo Xī Lěng Hòu) :

舒两足坐,散气向涌泉,可三通,气彻到,始收 – « Étendre les deux jambes en position assise, diffuser le Qi vers Yǒngquán (涌泉), faire trois passages, attendre que le Qi arrive jusqu’au bout, puis retenir. »

Yǒngquán (涌泉, R1) est le premier point du méridien des Reins, sous la plante du pied. Cette prescription est une directive de Qi par l’intention, ce qu’on appelle aujourd’hui Yi Shou (意守), le maintien de l’intention.

Pour les douleurs abdominales (腹痛候, Fù Tòng Hòu) :

正偃卧,口鼻闭气。腹痛,以意推之,想气往至痛上,俱热,而愈 – « En décubitus dorsal, fermer la bouche et le nez. Sur la douleur abdominale, pousser avec l’intention, visualiser le Qi qui monte jusqu’à la douleur, jusqu’à la chaleur et l’état s’améliore. »

Pour les accidents vasculaires et l’hémiplégie (风偏枯候, Fēng Piān Kū Hòu), le texte cité dans le traité prescrit :

« En appui sur le dos, étendre les deux jambes et les orteils, fermer les yeux, faire descendre le Qi depuis la tête, visualiser le Qi entrant dans les dix orteils et dans la plante des pieds, depuis la pilule de boue (泥丸) jusqu’à la source jaillissante (涌泉, Yǒngquán). »

Chaque prescription est documentée, localisée et associée à un mécanisme – le Qi dirigé par l’intention vers la zone concernée.

Chaque geste est simple.

Mais rien n’est approximatif.

Ce que Chao Yuanfang documente, c’est le principe central de toute la thérapeutique par le Qi Gong : l’intention dirige le Qi et le Qi transforme le corps.

Yi dào, Qi dào (意到,气到) – « Là où va l’intention, le Qi arrive. »

Cette phrase n’est pas un slogan dans un cours de Qi Gong du dimanche matin. C’est la base de deux cents prescriptions cliniques codifiées il y a quatorze siècles.

Les textes de médecine postérieurs comme la Compilation de Qi Gong médical de Tao Bingfu (气功疗法集锦), les traités de la Dynaste Song, jusqu’à la littérature clinique contemporaine, citent le Zhū Bìng Yuán Hòu Lùn comme référence fondatrice.

Petit bonus avant de vous laisser :

Pour l’hypertension et les vertiges, Chao Yuanfang recommande, parmi d’autres techniques, le peigne régulier des cheveux (梳头, Shū Tóu) :

栉头理发,欲得过多,通流血脉,散风湿 – « Se peigner et soigner les cheveux autant que possible pour fluidifier la circulation sanguine et dissiper le vent et l’humidité. »

C’est une prescription place la tête comme zone à réguler et le geste quotidien comme acte thérapeutique.

Et si vous voulez en savoir plus sur la pilule de boue (泥丸) de la prescription précédente, vous pouvez consulter l’article que j’ai écrit à ce sujet.

Bon Qi !
Fatah🐉

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