sexualité et Qi Gong

Sexualité et Qi Gong : les 8 bénéfices (八益)

J’ai reçu en cabinet de nombreuses personnes, souvent des pratiquants avancés, parfois des enseignants, confrontées à des troubles qu’elles ne comprenaient pas.

Elles avaient suivi des formations sérieuses, lu des ouvrages, appliqué des méthodes sur la sexualité et le Qi Gong.

Et pourtant, quelque chose se dégradait… progressivement.

C’est précisément ce type de dégradation silencieuse qui passe inaperçue dans les cadres classiques.

Dans les textes anciens de médecine chinoise, la sexualité est un domaine clinique précis.

Ce décalage entre formation et réalité clinique n’est pas nouveau.

Et certains déséquilibres y sont décrits depuis plusieurs siècles.

Alors voyons d’abord les Huit Bénéfices (八益) avant d’aborder les Sept Dommages (七损) dans un autre article.

Il y a plus de deux mille ans, les médecins chinois avaient compris quelque chose que le monde du Qi Gong moderne a largement oublié : la sexualité bien conduite n’épuise pas. Elle nourrit.

Les anciens l’appelaient les Ba Yi : les Huit Bénéfices (八益). Huit attitudes du corps et de l’esprit à cultiver avant, pendant et après l’acte. Pas des positions ou autres prouesses.
Mais une façon d’être présent à ce qui se passe dans le corps et de ne pas laisser le Qi partir en pure perte.

Le vieux maître Cao Ao (曹熬氏), cité dans les bambous, le formule ainsi : l’union harmonieuse rend robuste celui qui est faible, préserve l’éclat du teint de celui qui est fort, et prolonge la vie du vieillard. La condition est simple : protéger le Jing, pratiquer avec constance. Alors l’esprit s’aiguise, le corps se fortifie, le Qi vital déborde, et les cent maladies ne trouvent pas accès.

Tout un programme !

Les huit bénéfices selon les bambous de Mawangdui

  1. Zhì Qì (治气) : Gouverner le souffle
    Ce bénéfice commence avant l’acte, à l’aube. Assis, colonne vertébrale droite, base du bassin relâchée, trente respirations lentes et profondes en guidant consciemment le souffle vers le Dan Tian inférieur (丹田).
    C’est la déclaration d’intention du corps. On ne peut pas apporter de la qualité à l’union si on n’a pas d’abord régulé son propre Qi. Les huit bénéfices ne sont pas une technique de chambre isolée. Ils s’inscrivent dans une pratique quotidienne. Sans ce premier bénéfice, les sept suivants ne tiennent pas.
  2. Zhì Mò (致沫) : Éveiller les fluides
    Après les repas, assis, colonne redressée, légère contraction de l’anus, les liquides vitaux (津液, jin ye) se mettent en mouvement. L’objectif : que le corps soit prêt avant que le désir ne surgisse.
    Ce bénéfice concerne les deux partenaires. Les fluides (liquides) Yin féminins (阴液) sont à la fois un signe et une condition. Ils ne s’éveillent pas sur commande. Ils répondent à une préparation.
  3. Zhī Shí (知时) : Connaître le moment juste
    Ne commencer l’union que quand les deux partenaires sont dans un état d’excitation sincère et partagée.
    Connaître le moment signifie aussi savoir renoncer quand les conditions ne sont pas réunies. C’est le bénéfice le moins enseigné et probablement le plus important.
    C’est souvent là que tout se joue.
  4. Xù Qì (蓄气) : Accumuler le souffle
    Lors de l’union, colonne souple, anus légèrement contracté. L’énergie est guidée vers le bas-ventre et les organes génitaux, non pour la précipiter vers une décharge, mais pour la densifier. Comme on remplit un réservoir avant de l’utiliser.
    Le mouvement n’est pas l’urgence. C’est la qualité de la présence.
  5. Hé Mò (和沫) : Harmoniser les fluides
    Les mouvements sont lents, non répétitifs, conscients. Le texte précise : entrer d’à peine trois parties, agir avec équanimité. Pas de friction mécanique. Une rencontre des énergies. Les fluides des deux partenaires se mêlent et se répondent.
    Ce bénéfice est la traduction physique de l’idéal Yin-Yang : pas uniquement un partenaire qui conduit et un qui reçoit, mais deux Qi qui se régulent mutuellement.
  6. Jī Qì (积气) : Laisser le souffle s’accumuler
    Attendre que l’érection soit pleine et ferme avant la pénétration. Ne pas précipiter les mouvements. Laisser l’énergie s’accumuler d’elle-même, sans la forcer vers une conclusion.
    Ce qui est précipité reste superficiel mais ce qui est laissé à maturité devient transformation.
    Ce principe traverse toute la pratique.
  7. Shì Yíng (侍嬴) : Maintenir la plénitude
    Quand l’excitation atteint son sommet et que les corps rayonnent de chaleur partagée, il s’agit de rester dans cet état. Ne pas chercher à le dépasser trop vite. Laisser l’énergie remplir les deux corps plutôt que de la précipiter vers la décharge.
    Le caractère Yíng 嬴 signifie plénitude, abondance. Ce bénéfice est l’art de demeurer dans le trop-plein plutôt que de le vider au plus vite.
  8. Dìng Qīng (定顷) : Ancrer la clôture
    Après l’éjaculation, laisser sortir les dernières gouttes, puis se retirer avant que l’érection ne soit totalement perdue. L’énergie résiduelle est ainsi ancrée dans le corps, ni dispersée ni retenue de force, mais conscientisée.
    La qualité de la fin d’un acte conditionne l’état du corps dans les heures et les jours qui suivent. C’est le bénéfice le plus négligé. Et souvent le plus révélateur de la façon dont quelqu’un pratique.

Les bambous sont précis sur les effets à long terme. Appliquer ces huit bénéfices avec constance produit des résultats mesurables : l’ouïe et la vue restent nettes, le corps reste léger et réactif, les viscères fonctionnent sans défaillance.

L’inverse aussi est documenté avec la même précision.

Celui qui n’a pas pratiqué les Huit Bénéfices et n’a pas évité les Sept Dommages verra à quarante ans, la moitié de son énergie vitale déjà dissipée. À cinquante ans, chaque effort pèse. À soixante ans, l’ouïe et la vue déclinent. À soixante-dix ans, le corps entier s’affaisse.

Et ce calendrier est dans les textes depuis deux mille ans.

La prochaine fois nous verrons les Sept Dommages.

Bon Qi !
Fatah 🐉

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