Cette citation est de Wang Qingren 王清任, l’homme qui a corrigé en silence les erreurs anatomiques que tout son siècle acceptait par révérence.
Je viens d’achever un recueil de citations de médecins chinois, dans la continuité de mon livre « Le Qi ne ment jamais ». Ce n’est pas un hasard. Chacun a sa part de responsabilité dans ce que la médecine chinoise transmet ou laisse se perdre. Mais avant la responsabilité vient le devoir de lucidité. Et ce devoir interdit parfois le silence.
Alors disons les choses.
Aux enseignants de Qi Gong. Le narratif selon lequel le Qi Gong ferait partie de la médecine chinoise a été forgé sous l’ère maoïste, avant d’être diabolisé, puis réhabilité, puis banni de nouveau, au gré de qui voulait reprendre la main. Si vous ignorez cette histoire, c’est précisément pour cela qu’une partie de « Le Qi ne ment jamais » commence par retracer le parcours du Qi Gong jusqu’à aujourd’hui. Admettons-le une bonne fois, dans l’immense majorité des cas, le Qi Gong tel qu’on le voit et qu’on l’enseigne aujourd’hui n’est que du yǎng shēng fǎ. 養生法. C’est précieux, mais ce n’est pas de la médecine. Une médecine est à la fois préventive et curative, elle pose un diagnostic pour établir un soin. Que ces lignes vous agacent ou non n’y change rien. Il existe un domaine du Qi Gong propre à la médecine chinoise qui fait exactement ce que les enseignants de Qi Gong ne font pas. Pour saisir cet écart il faut avoir fait les deux, et si je l’ai enseigné à des professeurs de Qi Gong, c’est parce qu’eux l’avaient compris.
Aux praticiens de médecine chinoise. Avoir entendu dire qu’une chose pouvait exister ne dispense pas de savoir la reconnaître. Je ne compte plus les cas reçus en cabinet qui avaient fait le tour des thérapeutes sans que personne ne diagnostique que leur trouble venait d’une pratique énergétique ou méditative. Quand je vois un praticien rester impuissant devant cela, ou passer complètement à côté au risque d’aggraver le cas, je n’ai pas d’autre choix que de prévenir.
Mesurons l’échelle. Il me faut quatre à cinq jours, après dix-huit mois d’enseignement, pour transmettre les fondements de ce sujet. Aucune école de Qi Gong ni de médecine chinoise ne consacre une semaine de son cursus à ces sujets. « Le Qi ne ment jamais » n’est pas un traité académique, c’est un essai. Il faisait plus de quatre cent cinquante pages que j’ai affûtées pour tenir le même contenu en moins de la moitié, en balayant l’Histoire pour qu’on comprenne pourquoi ces phénomènes existent, comment ils ont été documentés et comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Deux cent huit pages qui n’ont pas vocation à remplacer une semaine d’enseignement, mais à fournir l’essentiel pour reconnaître, comprendre et prévenir. Une boîte de premiers secours, parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir.
Et à ceux qui, parmi les grands responsables de la médecine chinoise et du Qi Gong, vont répétant que j’exagère, que j’en fais trop, que c’est rare, qu’il faut presque forcer pour que quelqu’un parte en vrille… voulez-vous vraiment qu’on en discute ouvertement ? C’est à force de minimiser qu’on se retrouve en cabinet avec des cas parfois lourds qu’une seule phrase aurait suffi à éviter. Chacun a sa part.
J’ai pris la mienne et elle n’est pas nouvelle. Les fédérations abordent rarement ces questions en profondeur, alors même que la médecine chinoise, les maîtres bouddhistes et taoïstes et les artistes martiaux les connaissaient, les ont documentées et continuent de les transmettre malgré l’Histoire avec un grand H. J’ai eu l’honneur de prolonger cette chaîne. Aujourd’hui nous avons tous notre part. J’ai cessé de transmettre, je ne peux plus qu’alerter. Deux cent huit pages faciles à lire en apparence, en apparence seulement, parce que dès la première lecture chacun y trouvera ce qui lui manque. Du débutant au pratiquant aguerri jusqu’au praticien devenu enseignant, ce livre suivra chacun sur son chemin. Je reste un éternel étudiant, alors le chemin ne s’arrête pas.
非欲后人知我,亦不避后人罪我。惟愿医林中人,一见此图,胸中雪亮,眼底光明,临证有所遵循,不致南辕北辙。
« Je ne désire pas que les générations futures me connaissent, et je ne cherche pas non plus à éviter leurs éventuels blâmes. Mon unique vœu est que les praticiens de la médecine, en voyant ce diagramme, aient le cœur parfaitement éclairé et le regard clair, et qu’ils disposent, dans leur pratique clinique, d’un principe à suivre, afin de ne pas agir à contresens. »
— Wang Qingren 王清任 (1768–1831), « Correction des erreurs du jardin médical » (《医林改错》)
Bon Qi !
Fatah ![]()

